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Pourquoi faire des études universitaires en communication ?

16 janvier 2011

Cet article provient d’une conversation que j’ai eu la semaine dernière. Après avoir appris que j’avais fait des études de communication à l’UCL et donc à l’Université, une personne ne me connaissant ni d’Eve ni d’Adam n’a pas attendu 2 secondes pour me dire que selon lui, faire des études universitaires en communication, ça ne sert à rien. Sur le coup, j’étais tellement étonnée de la remarque puis voyant que j’avais face à moi une personne qui n’avait pas vraiment envie d’être convaincue du contraire, j’ai évité le débat.

Mais tout de même, pourquoi faire des études universitaires en communication ?

Le salaire

Il y a une sorte de légende urbaine qui rôde dans l’esprit collectif et les couloirs universitaires: le salaire. Je suis sûre que vous l’avez déjà entendu également, un universitaire devrait gagner comme premier salaire au moins 1500€ net. Et devrait donc gagner plus qu’un gradué.

Voici la réalité du marché:

  • Tout d’abord, la première chose à faire une fois votre diplôme en poche, c’est vous inscrire au chômage. Parce qu’en sortant de COMU, vous avez de grands risques de galérer pour trouver votre premier emploi. Le taux de chômage en Belgique et en 2009 pour les personnes ayant un diplôme de l’enseignement supérieur (universitaire ou non) est de 4,5%. Je n’ai malheureusement pas trouvé de chiffres séparant l’enseignement universitaire et le non universitaire.
  • Ensuite, à propos du salaire, tout dépendra de la commission paritaire dont vous dépendrez. Par exemple, moi je suis sous la commission paritaire 227 (CP227) qui régit le secteur de l’audiovisuel. Au sein de la CP 227, les fonctions sont réparties en différentes classes qui définiront votre salaire. Donc votre salaire ne dépend pas en premier lieu de votre niveau d’études, mais de la classe dans laquelle vous serez engagé. Concrètement, si l’entreprise décide d’engager un universitaire et un gradué qui effectueront le même poste, ils gagneront le même salaire puisqu’ils seront dans la même classe. Purement et simplement. La CP 227 établit également des barêmes salariaux évoluant au fil des années, que l’entreprise ne peut pas diminuer mais peut dépasser si elle le souhaite.

En conclusion, les arguments autour du salaire pour justifier des études universitaires ne tiennent plus vraiment la route une fois sur le marché de l’emploi puis dans la vie active. C’est comme une légende urbaine.

Le gradué et l’universitaire engagés au même poste évolueront par la suite selon leurs capacités. Le gradué peut être plus efficace que l’universitaire, avoir une promotion, passer dans la classe supérieure et gagner plus que lui. Et inversement.

La formation

Que dire de la formation ?

La relation entre les différents niveaux d’études est selon moi caractérisée en premier lieu par de la frustration et de la pseudo-supériorité. Les études universitaires sont sur-valorisées par rapport aux études non universitaires. Parlons bien, parlons  stéréotypes:

  • Les études universitaires sont difficiles parce qu’on doit étudier à mort, elles sont très intellectuelles. A contrario, à rester dans la théorie, les étudiants qui en sortent ne valent pas un copec sur le terrain.
  • Les études non-universitaires sont super faciles parce qu’il ne faut presque pas étudier. Les étudiants qui en sortent ont eu beaucoup de stage et sont donc super compétents sur le terrain.

Il me semble avoir assez bien résumé les clichés définissant ces deux formations.

Pour en revenir à la conversation que j’ai eu la semaine dernière et qui donne lieu à cet article, je me suis donc pris dans la figure le cliché de la formation: avec mes études, je ne vaux rien sur le terrain.

L’expérience sur le terrain

C’est ici que je suis vachement tranchée par rapport aux « croyances populaires ». Certes, durant vos études universitaires, vous n’aurez que très peu de stages. Je parle essentiellement pour les études de communication, en particulier les relations publiques. Si vous ne vous investissez pas un minimum dans votre avenir professionnel, cumulez les secondes sessions qui vous empêcheront d’avoir un job d’étudiant en été ou partez en vacances chaque année avec Papa-Maman puis la famille de votre petit-copain ou petite-copine vous sortirez de l’enseignement universitaire sans la moindre connaissance du monde de l’entreprise.

A contrario, si vous occupez une partie de vos larges vacances d’été dans un job étudiant voire trouvez un job étudiant à l’année, vous aurez une connaissance de l’entreprise. Que ce soit pour être caissier, vendeur de chaussures ou employé administratif. Vous ne ferez peut-être que des tâches « ingrates » mais vous aurez la possibilité d’observer. J’ai été caissière et employée administrative, j’ai énormément appris rien qu’en analysant le fonctionnement des entreprises. J’y ai vu les problèmes de communication, leurs conséquences (turn over etc.), comment on pourrait les améliorer, etc. C’est hyper enrichissant. Surtout qu’avec un job étudiant, vous êtes payé. Et l’air de rien, ça motive autant l’employeur que l’employé.

Par la suite, j’ai eu un poste de junior community officer où j’ai appris encore plus car j’ai eu des tâches communicationnelles à effectuer. J’avais en plus un job à valoriser sur mon CV car en lien direct avec ma formation.

Alors certes, je n’ai eu qu’un mois de stage, mais j’ai aussi cumulé près d’un an de jobs ici et là. Ce n’est pas rien.

A côté de ça, ceux qui font un graduat auront plus de stages, certes et peuvent alors plus facilement se vanter d’une expérience u’ils ont que certains universitaires n’ont pas. La communication ça s’apprend sur le terrain, je suis d’accord. Cependant, cette expérience dépend énormément de l’entreprise où vous souhaitez faire votre stage. En Belgique, les stagiaires sont clairement exploités. Ils ne sont pas payés alors qu’en France, un stage de minimum 2 mois entraîne rémunération obligatoire. Travailler sans avoir de sous qui tombent à la fin du mois, ça peut clairement devenir déprimant. Cela ne donnera pas envie de forcément s’investir à fond dans son travail. Cela ne donnera pas non plus envie à l’employeur d’encadrer à mort le stagiaire, peut-être considérés comme « simple » main d’oeuvre gratuite. Je ne suis donc pas convaincue qu’un stage ait par défaut une réelle valeur ajoutée.

Conclusion

Je m’arrête là, de peur de rendre ce billet vraiment indigeste, et j’attends avec impatience vos commentaires.

Pourquoi faire des études universitaires en communication, donc ? Et bien je vous répondrais avant tout parce qu’il s’agit d’un mode de formation qui vous convient (auditoires, cours magistraux, etc.), que vous êtes capables de maîtriser des concepts théoriques et de les appliquer, d’analyser et d’être stratégique, que vous aimez aller au fond des choses, comprendre leur fonctionnement et arriver sur le marché du travail avec un bagage qui vous permettra de vous adapter.

Ce n’est que mon humble avis exposé ici, qui peut totalement être remis en question. Car étant universitaire, j’ai des préjugés qui peinent parfois à être mis de côté pour rester un minimum objective dans mes propos…

  • Quel article et quel débat.

  • Noémie

    Moi je suis pas complètement d’accord concernant les stages! J’ai dans la poche un bac en communication et 3 stages dans des secteurs plus ou moins différents (public/privé, event/RP) et c’est clairement dans mes stages que j’ai appris le plus!

    Je pense aussi que c’est une plus-value pour les futurs employeurs, qui pourront se baser sur ces expériences professionnelles.

    Maintenant, je compte poursuivre mes études avec un master en communicatie-management. Selon moi, le meilleur parcours dans les études en communication c’est commencer par un bac dans une école supérieure (pour profiter des stages) et terminer avec un master à l’unif (pour approfondir ses connaissances dans un domaine particulier).

    Sinon article très intéressant, surtout la partie « salaire », j’avoue que je croyais la fameuse légende urbaine!

  • Quel article et quel débat. Personnellement, j’ai débuté ma formation en Haute Ecole et je la poursuis actuellement à l’Université. Pourquoi ? Principalement pour compléter mes connaissances théoriques et pratiques mais aussi pour répondre à la demande du terrain.

    Je ne suis pas convaincu qu’un professionnel de notre secteur ait véritablement besoin d’une reconnaissance universitaire. Pourtant, les stéréotypes que tu présentes sont encore fortement ancrés dans les mentalités, surtout dans la génération qui nous précède et qui est aux commandes des services de communication.

    L’universitaire est aujourd’hui valorisé à outrance : connaissances théoriques inégalables, comportement perfectionniste, aptitude à gérer des situations complexes… Euh, cela n’a strictement aucun rapport avec le diplôme, entendons-nous bien. Pourtant, je crois pertinemment que ces stéréotypes représentent la réalité et qu’ils ne sont que trop peu remis en question.

    Et comme tu le soulignes, il me semble qu’un étudiant (universitaire ou bachelier) doit être apte à se prendre en main et à compléter lui-même sa formation pratiques grâce à des expériences sur le terrain. C’est certainement la plus belle preuve de courage et la meilleure reconnaissance qu’il pourra placer sur son CV.

  • Pascale

    En effet, il y a pas mal de clichés à combattre par rapport à ces deux types d’études. Pour être enseignante dans des études supérieures non universitaires je peux aussi dire que stages ne suffisent pas toujours à rendre hyper efficace sur le terrain. En revanche, pour avoir suivi moi-même les deux types de cursus, je peux dire que les deux sont difficiles et que le graduat peut demander énormément de travail. Si la matière à ingurgiter à l’unif est plus importante et les concepts à maîtriser plus abstraits, l’implication et et le positionnement professionnel du graduat demandent un investissement certain. Mais je suis tout à fait d’accord avec toi Laura, la capacité d’adaptation est la clé. L’idéal serait certainement de pouvoir recevoir les deux types de formation. C’est peut-être ce vers quoi va le traité de Bologne dans le fond, n’en déplaise aux détracteurs
    Merci pour l’article!
    Courage pour les autres rencontres du même type

  • Antoine

    Quel débat, en effet. Etant également universitaire, mes éléments de réponses sont sans aucun doute biaisé. Par ailleurs, le discours que je tiens n’est valable qu’en considérant la masse. On peut toujours trouver des exemples et contre-exemples, des deux cotés.

    Je pense sincèrement, que comme dans toute formation, il n’y a pas de réponse univoque. Les deux formations produisent des personnes de qualités mais formées à des desseins bien différents. Pour cotoyer et avoir cotoyé pas mal de non-universitaire, le boulot est conséquent, des deux cotés mais pas aux mêmes endroits. Je tiens par ailleurs à parier que la conversation que tu as eu s’est tenue avec un non-universitaire

    A propos du salaire. Je tiens tout de même ponderer en fonction de la commission paritaire. Je suis loin de gagner la même chose qu’un ingénieur industriel. A tord ou a raison, c’est un autre débat que je n’ouvrirai pas.

    Sur la formation, je n’aurais envie de dire qu’une seule chose. Celui qui pense, a priori, que l’universitaire ne vaut rien sur le terrain n’a rien compris à l’essence même de la formation universitaire. L’approche est différente mais apporte un vrai plus dans certaines situation. L’universitaire aura plus de facilité à s’abstraire d’une situation, à tirer des similitudes, à faire des comparaisons et des rapprochements entre des situations parfois fort différentes. C’est là, sa force : son abstraction.

    Sur l’expérience de terrain. La grosse différence, c’est qu’un universitaire n’a, sauf exception, pas de stage de longue durée prévue dans son cursus. Par contre, nombre d’entre nous, sommes bien conscient de cette limitation et prenons sur nos temps libres (entendez, autres moments, vacances, we, etc.) pour passer du temps en entreprise. Ce sont ces moments, volontaire, où l’on peut observer une mise en pratique, ou en parallèle, avec les concepts théoriques vu. Le fait que c’est un travail d’étudiant motive souvent les employeurs à donner des tâches où ils pourront tirer parti, à moindre coût de vos connaissances et compétences. Trouvez moi un seul universitaire qui a passé du temps en entreprise et qui ne s’est jamais dit, « Oui, c’est comme XXX et on pourrait améliorer les choses en faisant comme ça, parce que YYY ». Par ailleurs, cette base volontaire est très certainement valorisable sur un CV. Je suis universitaire, je n’ai jamais eu de stage, mais je pense avoir acquis pas mal d’expérience de terrain et avoir au final un CV valable, également sur le terrain.

    Pour finir, si je transpose ton sujet aux études d’ingénieur (et l’éternel et même débat entre ingénieur civil et ingénieur industriel) que je connais mieux, voici quelques éléments à retransposer Tout d’abord, les compétences et les acquis sont différents et mène inéluctablement à des visions des choses fort différentes. L’ingé-ci va aborder les choses de leur point de vue théorique, en se basant sur ces connaissances, alors que l’ingé-indu va aborder le problème en se basant plus sur ses compétences. Alors que dans certaines situation, l’ingé-ci tirera nettement mieux sont épingle du jeu (conception d’un nouveau système), il sera complètement perdu face à une situation facile pour un ingé-indu (réparation, adaptation d’un système existant). Bref, du pour et du contre des deux cotés. A pondérer en fonction du métier exercé.

    Par ailleurs, ce genre de débat est vieux comme le monde. Rien qu’à penser au débat Médecin – Infirmier, j’en ai les doigts qui fourmillent. Verriez-vous un monde sans médecin ? Non, certainement pas. Et sans infirmier ? Certainement pas plus. D’expérience, dans certaines situation, je préfère avoir un médecin dans le coin et pas d’infirmier. Dans d’autres, je me passerai volontier du médecin et prendrait bien un infirmier !

    En conclusion, deux formations, deux personnes, deux vision des choses mais une vrai complémentarité quand les deux réussissent à travailler en sinergie.

  • J’ai fait un graduat en communication. Et je suis bien content d’avoir fait ce choix. Même si moi aussi, je suis victime des clichés. Dès que tu postules dans une rédaction « nationale », ton CV n’est pas lu, car tu ne possèdes par le niveau universitaire. Donc, chacun ses problèmes comme on dit.

    J’ai choisi de faire un graduat en communication pour devenir journaliste et là où je suis content d’avoir pris l’option graduat, c’est que durant trois années d’études, j’ai passé 7 mois dans des rédactions à écrire et ça, vu le métier que j’ai choisi et le nombre d’offres d’emploi, sur ce marché, c’est pas négligeable.

    Selon moi, la « meilleure solution » est celle-ci: commencer par un graduat, faire une passerelle et finir avec un master. De cette manière, tu cumules tous les clichés et ils s’annulent et tu as une formation complète.

  • Merci pour cet article très enrichissant.

    Je compte faire une licence pro en communication après mon BTS mais je n’en suis pas encore sûre.

  • L’université évolue aussi. J’ai terminé un master en communication à l’ULB en septembre 2009, j’avais réalisé deux stages obligatoires (bon, relativement court, mais totalisant quand même 6 mois de stage), des TP sur le terrain (qui m’a notamment permis de découvrir les coulisses des services presse du Parlement Européen), des mises en situation.

    De plus, même à l’unif, on tente de plus en plus de faire donner des cours par des personnes actives dans leur milieu professionnel et pas des scientifiques dans leur tour d’ivoire.

    Maintenant, la formation universitaire reste plus large (j’ai touché au journalisme, à la communication interne, corporate, financière, RP, copywriting, stratégie, media planning,…) mais je me suis donc peu spécialisé dans mes études. C’est au travers de mes choix personnels et de mes intérêts, de ma volonté de me lancer dans une direction plus qu’une autre, que j’ai pu acquérir une spécialisation.

    Cela offre des avantages (le côté « curiosité scientifique », compétences transversales, approche scientifique,…) comme des inconvénients (pas réellement de spécialisation et des compétences quelques fois éparses).

    Au final, je pense surtout qu’il faut faire des études qui vous plaisent. Personnellement, le côté très théorique d’une partie des études, le côté « principe de la communication », le côté généralise également m’ont beaucoup plu, mais certain préféreront avoir des cours de graphisme, acquérir des compétences plus techniques au cours de leurs études. Quand on fait quelque chose qui nous plait, on le fait bien. Et c’est le principal, dans les études, les faire bien pour réellement y apprendre.

  • Bel article et j’aime particulièrement la conclusion. Univ ou pas c’est avant tout trouver ce qui nous correspond à un moment précis.

    Personnellement ce post m’a beaucoup parlé ayant été confrontée aux exactes même conversations … J’étais en effet moi même étudiante en commu il y a peu. J’ai opté pour le Baccalauréat mais je connais également le monde de l’université. Et puis n’oublions pas que le monde des formations est également d’une richesse complémentaire indéniable.

    Maintenant je ne vais pas me lancer dans plus long qu’il ne le faut car je pense que tout a déjà été dit plus haut et très bien expliqué.

  • Bonsoir,

    Je viens de tomber par hasard sur cette article grâce à Hellocoton.
    Et cette article m’intéresse particulièrement car je fais des études en com.
    Ma situation est particulière : je devais m’inscrire en L1 à la fac de com’, mais a cause d’un gros problème ç l’inscription, je me suis retrouvé à faire un BTS communication au CNED (étude à distance). J’ai pris rendez vous avec le doyen de la fac de com, pour pouvoir m’inscrire directement en 2e année (pour ne pas perdre un an). Je sais que cette idée parait folle, mais je suis prête à tenter de rattrapé mes lacunes, et faire une équivalence, car je pense que je serais plus à l’aise dans un cadre scolaire (les études à distance c’est pas top). Ton article m’encourage à aller en fac, même si le périple va être long, je vais m’en sortir (essayer du moins )

  • Emilie

    Bonjour,

    Je vis en Suisse et les formation ne sont pas exactement pareille.
    Je termine mon Bachelor en gestion d’entreprise et j’hésite justement à faire un Master en communication dès septembre.

    A mon avis, la question du diplôme n’est pas l’essentiel, un employeur va surtout regarder l’efficacité de la personne dans son travail.

    Pour cela, j’ai trouvé la solution infaillible: J’ai suivis mes études « en emploi » (je crois qu’en France ça s’appelle en alternance). Je sors donc avec un Bachelor ET 5 ans d’expérience professionnelle. Et si je fais mon Master, je le ferai selon le même principe.

    Il faut vraiment s’investir personnellement dans cette période d’études. J’ai choisis de ne pas partir en vacances, de ne pas profiter des week-end (cours le samedi). Je ne regrette rien, mon CV en rendrait quelques-uns jaloux.

    Que pensez-vous de cette option?

    • J’aime beaucoup le concept mais en Belgique, le concept de formation en alternance n’est pas disponible pour toutes les formations. Beaucoup de métiers manuels y ont droit mais pour le reste, non.

      Donc, on doit se débrouiller autrement.