J'en parle

J’ai fait corriger ma myopie via des lentilles intraoculaires

12 juillet 2018

Voici une intervention que j’ai subie dont j’avais envie de parler sur le blog car ce n’est pas très connu, et j’ai moi-même peiné à trouver des témoignages à ce sujet.

Je suis myope et astigmate, et j’ai dû commencer à porter des lunettes à l’âge de 11 ans. Je n’ai jamais supporté les lunettes. A 15 ans, je suppliais mes parents pour passer aux lentilles de contact et ils ont alors demandé à mon ophtalmologue de l’époque son avis sur l’opération (des amis de mes parents l’ayant fait). Selon lui, pas d’opération avant 26 ans car avec les études la vue peut encore bouger, et il faut que celle-ci soit stable depuis au moins 2 ans avant de pouvoir faire quoi que ce soit.

J’ai donc attendu patiemment en sachant qu’à 26 ans si ma vue était stable depuis 2 ans, je le ferais ! J’ai un peu traîné car c’est un sacré budget, mais j’ai entamé les démarches l’année dernière. Ma vue était stable depuis au moins 5 ans. Voici comment ça s’est passé.

Prendre ses renseignements

Mon ophtalmologue m’a appris qu’il n’a pas le droit de promouvoir ce genre d’opération. Lui et ses confrères n’en parlent pas de manière proactive au patient, ils ne peuvent aborder le sujet que si le patient le met lui-même sur le tapis.

Donc si l’opération t’intéresse, demande à ton ophtalmologue ce qu’il en pense. Sachant qu’un ophtalmologue qui pratique l’opération est généralement pour, et qu’un ophtalmologue qui ne la fait pas a tendance à ne pas la conseiller (j’ai changé d’ophtalmologue chaque année pendant 10 ans, c’est ce que j’ai constaté car je posais systématiquement la question – étant à la recherche de celui qui m’opérerait un jour).

On ne peut pas donner le nom de médecins sur Internet mais si tu m’envoies un message via le formulaire de contact, je peux te donner le nom de l’ophtalmologue qui a fait mon opération. Il pratique en Belgique, dans le Brabant Wallon, et j’en suis ravie.

Faire les tests

La technique la plus connue pour la correction de la myopie c’est le laser. Grâce à cette technique, le chirurgien va modifier la courbure de la cornée (l’aplatir) pour corriger la myopie. C’est une manipulation irréversible puisqu’on touche à la cornée. Il faut donc avoir une cornée avec une épaisseur minimum pour qu’elle reste stable.

Après avoir posé des questions autour de moi à ceux qui ont fait l’opération laser pour savoir chez qui ils étaient allés (ils sont nombreux dans mon entourage à avoir fait ça), j’ai pris rendez-vous chez celui qui m’a été recommandé deux fois pour faire les différents tests (et qui est celui qui m’a opérée au final). Il y a les tests de base qui calculent la myopie, l’astigmatisme, la correction nécessaire, etc. On regarde la petite montgolfière, on a des lumières dans les yeux, et le petit souffle sur l’oeil. Les trucs habituels d’une visite de contrôle, sauf qu’on nous injecte des gouttes pour dilater les pupilles.

L’ophtalmologue va cependant aussi mesurer la cornée pour vérifier que son épaisseur permet de venir la modifier avec le laser. Les tests ont duré environ 2 heures et j’en suis sortie avec une migraine atroce car je suis très sensible à la lumière et que j’en ai beaucoup eu dans les yeux lors des différents tests.

Je te le donne en mille : ma cornée était trop fine. Certaines personnes naissent avec une cornée épaisse, d’autres avec une cornée fine, c’est génétique et c’est comme ça. Toucher à ma cornée avec le laser risquait de trop la fragiliser, la rendant encore plus souple que ce qu’elle est déjà et donc accentuant la myopie.

C’est alors que, dépitée, j’ai demandé à mon ophtalmologue si je ne pouvais rien faire d’autre, et qu’il m’a parlé des lentilles intraoculaires. Je n’en avais jamais entendu parler avant ! En fait, on met un implant directement dans l’oeil pour corriger la myopie et l’astigmatisme. C’est totalement réversible car on ne touche pas à la cornée. Si on ne supporte pas l’implant, on l’enlève. Si la vue bouge, on le remplace (moyennant monnaie sonnante et trébuchante biensûr…). Alors qu’avec le laser, si après l’intervention tu ne vois pas encore à 100%, tu risques de ne pas pouvoir le faire une deuxième fois.

Le coût de l’implant intraoculaire est beaucoup plus cher que le laser : compter environ 1000 à 1500 euros par oeil pour le laser mais 2000 à 2500 euros par oeil pour l’implant ! Ces prix exorbitants sont dûs à deux choses : pour le laser, la technique évolue vite et les outils coûtent très cher. Le prix de la procédure est donc élevé pour permettre aux chirurgiens de l’amortir avant de devoir opter pour une version plus à la pointe. Pour les implants, le prix élevé est expliqué par une sorte de monopole du fabriquant. C’est à nouveau mon ophtalmologue qui m’a expliqué tout ça, il a bien pris le temps de tout m’expliquer en détails et de répondre à mes nombreuses questions.

La mutuelle rembourse des cacahuètes : 100 euros par oeil pour le laser et 50 euros par oeil pour les implants ! C’est dingue, les implants sont quasi deux fois plus cher et on retouche la moitié ! Par contre certaines assurances complémentaires interviennent (j’ai eu de la chance, c’était le cas de ma couverture actuelle). Donc renseigne-toi sur les assurances complémentaires, ça vaut peut-être le coup d’en prendre une, prendre le temps de mettre un peu plus de côté mais être mieux remboursé(e) après.

Je n’ai pas hésité très longtemps, je savais que je voulais me faire opérer pour ne plus devoir porter ni lunettes ni lentilles et j’avais mis de côté depuis des années dans ce but.

Pour la pose d’implants intraoculaires, il y a un test supplémentaire à faire : l’échographie de l’oeil (je pense qu’il existe un nom plus scientifique mais c’est cette dénomination que j’ai retenue). C’est le premier test (et le seul) vraiment désagréable mais il permet aussi de se préparer à l’intervention. L’ophtalmologue va te mettre des gouttes anesthésiantes dans l’oeil, puis il va mettre une sorte d’écarteur-cylindre comme ça sur l’oeil dans lequel il va mettre du liquide. Du coup, tu auras une couche de liquide sur l’oeil et il va venir « caresser » ton oeil avec je ne sais pas trop quoi pour calculer sa forme, son axe et tout plein de trucs qui permettront de fabriquer l’implant sur mesure.

Ca ne fait pas mal, on ne sent rien. C’est juste désagréable. Cela dure environ 1 minute par oeil, ça va très vite mais je ne vais pas mentir : c’est plus ou moins désagréable selon la sensibilité de chacun. Moi je portais des lentilles depuis 15 ans, je n’ai eu aucune difficulté à mettre des lentilles pour la première fois, donc je suis restée très calme et tout s’est passé très vite. Il m’a dit que j’étais une patiente exemplaire

La pose des implants

Une fois que tous les examens sont faits et les mesures prises, le chirurgien (toujours mon ophtalmologue donc) commande les implants. Je pense que la commande a pris environ 2 mois dans mon cas, si je me souviens bien. Ensuite, l’heure était venue pour l’intervention.

Comment ça se passe

Je suis venue au cabinet tôt le matin, on m’a injecté plusieurs gouttes dans les yeux : pour anesthésier, pour dilater la pupille, etc. Le truc avec les implants c’est qu’ils sont conservés dans du liquide. Donc l’oeil va devoir supporter deux nouveautés : l’implant mais aussi le liquide qui va avec, ce qui va augmenter la pression dans l’oeil. Du coup, on prend un médicament dont l’objectif sera d’aider à évacuer ce liquide pour diminuer la pression.

L’intervention dure une quinzaine de minutes. Le chirurgien met une sorte de drap sur tout le corps (environnement stérile), et découpe un trou juste à hauteur de l’oeil. Certains pourraient ne pas trop apprécier et se sentir écrasés mais moi, au contraire, ça m’a rassurée, je me sentais protégée. Il va ensuite procéder à l’intervention.

Cela ne fait pas mal, à aucun moment ! C’est à nouveau désagréable, surtout parce qu’on doit fixer une lumière très aveuglante, ne pas bouger, etc. J’ai bien précisé au chirurgien mais aussi aux infirmières que j’avais besoin qu’on m’explique tout, ainsi que ce que je vais ressentir, etc. Si tout est bien expliqué, alors j’arrive à garder mon calme. Je précise toujours cela car j’ai beaucoup de self-contrôle mais à l’intérieur je stresse comme une dingue. Du coup ça ne se voit pas et les gens pensent que je suis à l’aise alors que pas du tout, je suis en train de rassembler toutes mes forces pour garder mon calme. Je préfère donc anticiper et maintenant je précise systématiquement qu’il faut qu’on me parle et m’explique tout. Je viens de subir 3 semaines de rééducation avec mon kiné après une blessure au genou, et même à lui je lui ai demandé de tout m’expliquer.

Après l’intervention

On doit rester sur place au cabinet environ toute la matinée, cela permet de vérifier que le liquide s’est bien évacué et que la pression de l’oeil redevient normale. Trop de pression mènerait à une migraine super intense, et le chirurgien devrait alors rouvrir pour évacuer le liquide restant. Tout cela m’avait été expliqué à l’avance aussi.

C’est là que je me suis convertie aux livres audio, car je savais que je ne pourrais pas lire ni regarder quoi que ce soit et que j’allais devoir rester sur place toute la matinée. Cela m’a bien aidée à passer le temps.

Les infirmières et assistantes ont été aux petits soins avec moi : on m’a apporté un croissant, de l’eau gazeuse pleine de minéraux car c’est un fait : avec le médicament, on va aux toilettes tous les quart d’heure. Et je n’exagère pas ! Pour éliminer, ça on élimine ! Il faut boire pour ne pas se déshydrater du coup il faut à nouveau éliminer. J’avais aussi pris une banane, pour le magnésium.

La migraine a malheureusement commencer à se pointer, et du coup j’ai à nouveau dû prendre sur moi pour ne pas paniquer. La mention de « migraine atroce comme vous n’en avez jamais eu » m’avait assez marquée je dois dire. Voyant que la douleur augmentait, l’assistante m’a donné une autre dose du médicament pour éliminer. Et heureusement, cela a suffit. En une petite demi heure, la migraine était partie et je pouvais enfin rentrer chez moi la tête légère. Mais KO !

Par rapport à une opération au laser

Ce qui est top avec l’implant intraoculaire, c’est qu’il y a très peu d’effets après l’intervention. Contrairement à certaines interventions au laser, il ne faut pas dormir les premières nuits avec des lunettes spéciales. On n’a pas la sensation de sable dans les yeux non plus. On ne doit pas porter de lunettes de soleil à l’extérieur, même quand il fait gris, pendant 6 mois. On ne touche pas à la cornée donc on n’a rien de tout ça. On voit légèrement flou la première journée mais le lendemain, on voit déjà normalement. 48 heures après on peut retourner travailler et on ne porte des lunettes de soleil que selon sa sensibilité (moi j’en porte déjà très souvent car je suis sensible à la lumière à la base).

Je suis retournée au cabinet 2 jours après l’intervention pour retirer les fils (qui étaient invisibles à l’oeil nu). A nouveau un moment un peu désagréable car on sent qu’on tire quelque chose dans notre oeil, un peu comme si on nous épilait l’oeil, les fils remplaçant les poils. Mais ça dure 10 secondes par oeil et puis c’est terminé. On est libre.

Une vue au top

L’ophtalmologue a testé ma vue après avoir retiré les fils : 12/10 de chaque côté ! Cela fait aujourd’hui 1 an et demi que j’ai été opérée, et je ne me souviens déjà plus de comment c’était avant.

J’ouvre les yeux la nuit, je vois. Je vois l’heure qu’il est, je vois les contours de la chambre. Je n’ai plus les yeux secs à cause des lentilles (je commençais à ne plus très bien les supporter). Je ne suis plus « défigurée » par des lunettes et je n’ai plus à vivre avec leur inconfort (douleur au-dessus des oreilles et sur le nez).

Je suis beaucoup plus à l’aise à l’idée de dormir chez les gens, d’ouvrir au livreur tôt le matin, de partir camper. Cela semble ridicule, mais je supportais tellement mal mes lunettes que je ne voulais pas qu’on me voie avec. Et les lentilles demandent quand même une certaine logistique et hygiène. C’est vraiment une libération pour moi de ne plus rien devoir porter de tout ça.

C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire cet article, au cas où ça pourrait aider quelqu’un qui hésite à franchir le pas.

Pour toute autre question, je me répète, n’hésite bien entendu pas à m’écrire via le formulaire de contact.

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